Et si le féminisme nous rendait heureuses ?
par Pauline Arrighi

Société

26 juin 2019

Temps de lecture : 7 min

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Pour Pauline Arrighi, le féminisme n’est pas un complot international contre les lunettes de toilettes  relevées, mais une cure détox qui débarrasse l’esprit et le corps des toxines du patriarcat.

« Une femme doit être belle ; si elle ne l’est pas, qu’elle fasse des efforts pour le devenir » 

Partie 1 : autodéfense intellectuelle contre le sexisme

Justement ce patriarcat, que dit-il ? Les femmes, c’est un fait, sont sous-payées et écartées des postes de pouvoir. 92% des chefs d’état dans le monde sont des hommes. Dans les entreprises françaises du CAC 40, 87% des postes de direction sont tenus par des hommes. Elles sont structurellement maintenues dans un rôle subalterne et assument encore à 80 % les charges domestiques en France. Les propos sexistes et les différences de traitements doivent donc être dénoncées, car elles renforcent l’emprise du patriarca

Les stéréotypes de genre sont une construction intellectuelle du patriarcat

Commençons par les stéréotypes de genre. Les grands classiques sont :

  • les femmes, ces pipelettes
  • ce qu’elles sont compliquées !
  • elles sont plus émotives

Ces déclarations péremptoires et non prouvées, sont de simples « intox » patriarcales. Avec l’avancée des neurosciences, nous savons désormais que c’est l’interaction avec l’environnement familial, social et culturel qui va contribuer à forger les traits de personnalité en fonction des modèles du féminin/masculin donnés par la société.

Face aux propos sexistes, l’auteure nous invite à fuir ou à couper court. Lorsque l’échange a lieu devant témoins ou sur les réseaux sociaux, elle nous invite à nous défendre. Il faut alors déjouer les tactiques d’auto-défense des machos et des trolls (internaute qui écrit de manière intentionnelle des messages désobligeants, polémiques, provocants, absurdes, de mauvaise foi, voire insultants, sur des sites communautaires)

Top 10 des tactiques « d’enfumage patriarcal »

Voici le top 10 des tactiques « d’enfumage patriarcal », utilisées par les hommes quand une femme se défend contre un propos sexiste à son encontre ou à l’encontre des autres femmes :

  1. C’est de l’humour
  2. Tu ne peux pas dire ça comme ça : c’est pas beau dans la bouche d’une fille
  3. Moi, sexiste ?
  4. Moi aussi j’ai souffert
  5. C’est flatteur, tu devrais être contente
  6. Tu l’as bien cherché
  7. Il y a tellement de menteuses
  8. Tu es violente
  9. Tu es folle, hystérique, etc.
  10. Tu ne seras pas aimée

Partie 2 : Détox contre la mysoginie en soi

D’après Paule Arrighi, la misogynie est le dernier obstacle à notre émancipation. Elle rappelle qu’il y a 4 grandes figures de femmes détestées :

1. La femme leader

La femme leader est détestée car elle transgresse la norme du féminin. Si elle est belle, elle a été choisie parce qu’elle présente bien. Si elle n’est pas considérée comme jolie, c’est une « mal baisée » qui a voulu compenser en reconnaissance professionnelle. Comme souvent en patriarcat, à tous les coups l’on perd.

2. La « fille facile »

C’est celle qui a eue beaucoup d’hommes, elle a le « feu au cul ». Adhérer à son rejet, c’est participer à un système de notation des femmes selon des critères patriarcaux qui nous rendent plus ou moins respectable en fonction de notre sexualité, réelle ou fantasmée.

3. La femme battue

La femme victime de violences conjugales n’est pas à proprement parler détestée, mais elle est souvent incomprise. Le fait qu’elle reste ou retourne auprès de son tortionnaire, par exemple, fait souvent dire aux observateurs qu’elle « y trouve son compte ».

4. La mère

La psychanalyse a induit une méfiance envers les mères. Selon Freud, la mère est nocive (car dans une fusion néfaste avec son enfant), le salut est donc dans le père (tiers séparateur).

Par ailleurs, le déchargement collectif de la responsabilité du soin des enfants quasi exclusivement sur les mères, les rend coupables de toute difficulté que rencontre leur enfant. Qu’elle travaille à l’extérieur ou qu’elle reste à la maison, elle est coupable

Partie 3 : libération du corps et de la sexualité – le féminisme en pratique

C’est sur le corps des femmes et des filles que la domination masculine s’exerce le plus systématiquement et le plus cruellement. L’appropriation de la fécondité, que l’auteure appelle « le contrôle des utérus », mais aussi toutes les autres dimensions du corps des femmes.

Se réapproprier son corps

Parmi les clichés sur les femmes, on entend qu’elles seraient plus émotives que les hommes.Réduites à une nature émotionnelle, elles sont pourtant ignorées dans l’expression de leur mal-être, tandis que les émotions des hommes sont dignes d’être prises en considération

En étant forcée dès l’enfance à taire leurs émotions, les filles et les femmes prennent l’habitude d’ignorer leur propre ressenti. Rapidement, elles font passer les autres avant elles-mêmes et il leur devient difficile d’être attentives à leurs besoins émotionnels et affectifs.

Savoir écouter son intuition et les messages de son corps

Être à l’écoute de son intuition permet d’anticiper une agression. Ce primat du corps sur la raison vaut pour toute situation de violence et notamment pour les relations toxiques et abusives

Le tabou de la colère des femmes

la colère est taboue chez les femmes que l’on qualifie de « violentes» , « hystériques » , ou « folles»  au moindre haussement de ton.

Or la colère donne la force de transformer le réel, elle rend puissante. Une femme en colère dit « non » et devient une autre femme qui ne courbe plus l’échine.

Toute colère détruit et construit. Elle détruit une apparence d’harmonie et construit la confiance en soi en rétablissant la dignité bafouée.

Les mécanismes qui réduisent les femmes à leur apparence

Le contrôle des émotions va de pair avec le contrôle de l’apparence physique. Du moment que la carcasse est plaisante vu de l’extérieur, elle peut bien pourrir à l’intérieur.

La minceur fait partie d’une immense liste de critères qui définissent la beauté féminine, ou du moins une certaine beauté, tout d’abord décrétée par le milieu de la haute couture (régi par des hommes) puis qui s’est répandue dans l’ensemble des médias et de la culture populaire.

Décryptage des critères de beauté féminine

Faire des efforts pour correspondre à un modèle imposé de l’extérieur n’a rien à voir avec l’expression de soi et l’épanouissement de son individualité.

Les femmes représentées comme ayant un sort enviable sont le plus souvent belles et soignées. La laideur féminine est au contraire associé à la méchanceté et à des personnalités qui ne sont pas aimées.

Au contraire, les modèles d’identification masculins sont variés. Il peut s’agir d’hommes de pouvoir dans les domaines politique ou entrepreneurial, de sportif de haut niveau, de génie des sciences, de grand artiste. Ils sont forts, intelligents, courageux, charismatiques… et beaux aussi parfois, éventuellement.

« En politique, on aime bien l’image des femmes mais pas le son »

 Chantal Jouanno,  haute fonctionnaire et femme politique française

Être l’objet des regards

Le physique des femmes est avant tout objet de regard. C’est le concept du regard masculin (male gaze) dans la culture visuelle dominante développé par Laura Mulvey. Ce male gaze impose au public d’adopter une perspective d’homme hétérosexuel.

Les rôles sont bien distribués : ils les regardent et elles se font belles. Puisqu’il faut être regardée, autant être la mieux lotie parmi les regardées. Une femme n’est jamais montrée autrement que pour être matée.

Se méfier des critères de beauté

Il faut considérer les critères de beauté féminine comme suspects, car ils le sont diablement. Nous sommes prises dans des injonctions qui, en plus d’être pénibles, sont contradictoires. C’est anxiogène et sans fin.

Il est parfaitement compréhensible de vouloir plaire et de vouloir répondre aux règles de son milieu – et parfaitement compréhensible aussi de vouloir s’en écarter.

Ne soyez pas « amie »  avec votre corps : soyez votre corps

Votre corps et votre visage ne sont pas une carte de visite que l’on tend pour faire bonne impression. Votre corps, c’est vous. Il ne suffit pas d’aimer votre corps, il faut être votre corps.

Une femme en état de dissociation avec son corps est comme un bébé qui doit apprendre en l’expérimentant la limite entre soi et le reste.

Une féministe en devenir doit souvent naviguer entre des normes qu’elle ne peut pas complètement abandonner et une authenticité qu’elle n’embrassera jamais entièrement.

Toutes sont soumises à cette pression constante sur l’apparence qui incite à se regarder de l’extérieur, se fragmenter et se brandir devant soi.

Explorer une sexualité non patriarcale

  • L’arnaque de la libération sexuelle

Libérées de la morale bourgeoise qui les soumettaient à un époux et donc un partenaire unique, libérées également du risque de tomber enceintes, les femmes n’ont plus aucune raison de dire non.

La simple volonté d’une femme, l’existence en elle d’une possibilité de désir, et d’absence de désir, en bref une subjectivité autonome, tout cela est ignoré. C’est la naissance de la « coincée ». Il faut être « libérée », donc céder aux avances. Il ne faut rien juger, rien condamner au risque d’être rejetée dans le camps des puritaines. Les femmes n’ont toujours pas leur mot à dire sur leur propre sexualité.

Le but de la libération sexuelle a été de libérer les hommes afin qu’ils puissent utiliser les femmes hors des contraintes bourgeoises et en cela elle a réussi – Andreas Dworkin

  • La morale du consentement, une nouvelle norme

« Combien de fois ai-je consenti. J’ai dit oui, ou alors je n’ai rien dit dit du tout et ça s’est fait. Et combien de fois je me suis sentie salie. »

Pauline Arrighi

Le consentement s’obtient, s’arrache, s’achète et se négocie. En revanche, si l’on parle de désir comme préalable à tout acte sexuel, alors plus besoin de clauses d’exception à n’en plus finir. Le désir se comprend de lui-même, il est autonome et surgit sans autre raison que lui-même.

  • La morale du consentement comme outil de contrainte sexuelle

Ressentez-vous le blues post-sexe ? Consentir sans désirer est l’une des attaques de l’intégrité subies par de nombreuses femmes. On aimerait que le sexe soit un espace de liberté ou ne s’exprimerait que notre instinct.

Parmi les autres « outils » de la sexualité patriarcale, on notera :

  1. La norme hétérosexuelle
  2. La pénétration comme définition d’un rapport sexuel
  3. La nécessité pour une femme d’être en couple si elle veut être accomplie
  4. Se sacrifier pour faire plaisir au partenaire masculin
  5. La valorisation de la femme par le désir masculin
  • Quand la morale du consentement permet le viol

Le consentement est vu comme l’absence de refus et c’est là que toutes les interprétations de mauvaise foi sont possibles. Avec le consentement, on traque tout ce qui n’est pas un refus au lieu d’être attentif à tout ce qui indique une approbation. La morale du consentement est l’une des composantes de la culture du viol.

  • Vers une sexualité non patriarcale

En patriarcat, le sexe est à l’image du monde : défini par et pour les hommes, avec une volonté de dominer les femmes. En plus de ses autres vices, le patriarcat est un « mauvais coup ».

Le féminisme libère les femmes des violences et de leurs conséquences sans se limiter à ce que dit la loi. Son critère de jugement est le ressenti des femmes.

Écoutez-vous avec une attention à vous-même qui ne rencontre aucune limite et aucun compromis. Demandez-vous ce qui vous fait réellement le plus de bien.

La sororité dans l’espace et dans le temps

Le féminisme n’a pas d’équivalent : il aborde tous les sujets et redonne sa place à la moitié de l’humanité. Les féministes s’autorisent ensemble des sentiments interdits : la colère contre nos agresseurs et leurs complices, la frustration mais aussi la liberté d’exprimer qui l’on est sans obligation de faire semblant

Cette découverte du vécu commun permet de se recentrer sur soi en tant que femmes dans un monde d’hommes, se recentrer sur nous toutes en faisant fi des haines qu’ils nous imposent.


J’ai surtout retenu

  • La notion de “male gaze” qui imprègne notre société, le plus souvent à notre insu
  • La morale du consentement qui permet le viol
  • L’importance de se reconnecter à ses sensations physiques et notamment au désir
  • L’image négative du féminisme car il est mal compris

À propos de l’auteure

Pauline Arrighi est diplômée de Sciences Po Paris. En 2013, elle a été à l’initiative du blog “Je connais un violeur“, invitant les victimes de viol à raconter leur histoire et à décrire leur lien avec leur agresseur.

Puis elle a été porte-parole d'”Osez le féminisme“, un mouvement né en juin 2009 pour défendre à l’origine le Mouvement Français pour le Planning Familial.

Elle a fondé l’organisme de formation We Want Ethics dédié à l’égalité femmes-hommes en entreprise.

Twitter: https://twitter.com/fleurfurieuse

Barbara Reibel

Coach Feel Good, Blogueuse et Auteure
Fondatrice du blog En 1 mot

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