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Kant tu ne sais plus quoi faire … il reste la philo
par Marie Robert

Philo

24 novembre 2018

Temps de lecture : 10 minutes  – Vidéo : 15 minutes  – Audio : 1 h 12

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Marie Robert raconte, avec beaucoup d’humour, 12 situations de crise et invite 12 philosophes à donner des réponses pour dédramatiser. Original, ludique et inspirant.

« Descendre la philosophie de son piédestal,
c’est lui rendre hommage. »

Interview de Marie Robert par Barbara Reibel

Rouge à lèvres pétant, sourire malicieux, regard pétillant, Marie Robert répond à mes questions sur la relation amoureuse, la parentalité positive, la charge mentale … Marie Robert est une professeure de lettres et de philosophie pas comme les autres !

Présentation de Kant tu ne sais plus quoi faire … il reste la philo par Marie Robert (éditions Flammarion / Versilio, 2018 – Poche 2019)

Passer toute sa journée chez Ikea, rencontrer ses beaux-parents, se faire larguer au café, cohabiter avec son ado, faire un peu trop la fête… Autant de situations qui peuvent nous déboussoler. Que faire pour éviter la crise de nerfs ou de larmes ? Et si vous invitiez Platon, Spinoza, Nietzsche et leurs amis pour évoquer ces questions du quotidien ? Qu’est-ce que Kant aurait répondu à un texto de rupture ? Aristote aurait-il repris une vodka ? Les philosophes quittent enfin leur bibliothèque pour devenir nos complices de chaque instant. Douze récits, douze concepts, douze philosophies pour nous aider à réagir avec humour à toutes les surprises de la vie.

Qu’apprend-on dans Kant tu ne sais plus quoi faire … il reste la philo ?

Spinoza chez Ikea ou le désir et ses contrariétés

Chaque individu est caractérisé par un conatus une pulsion une sorte de force qui nous conduit à nous lever le matin et à éprouver la joie d’exister. Ce conatus porte aussi le nom de désir. C’est une bonne nouvelle, le signe qu’on fait partie des humains. 

Ce qui est essentiel c’est d’apprendre à le reconnaître pour que l’on soit moins contrariés dès qu’il vient à se manifester. Être vertueux ce n’est pas museler son conatus, c’est s’en faire un familier, arriver à comprendre ce qui me porte autant que ce qui me plombe.

 

Aristote et gueule de bois
ou croire en l’expérience

 

Le bien n’est pas une notion impossible à atteindre : il n’est rien d’autre que le bonheur dont il est synonyme. Le bonheur privilégié par Aristote  n’est pas un plaisir du corps, ni un plaisir social, mais plutôt un bonheur méditatif

Connaître cette profondeur suppose un solide entraînement car le bonheur demande d’être vertueux et la vertu ne se décrète pas en un claquement de doigts. La vertu est une manière de vivre continuel cette expérience n’est jamais définitivement acquise ; elle n’est pas un point fixe mais un passage qui, avec persévérance, forge notre destin

Ce qui compte, ce n’est donc pas d’être parfait mais de ne pas reproduire des impairs identiques et de toujours évoluer. Nous sommes ce que nous répétons sans cesse. L’excellence n’est donc pas un acte, mais une habitude.

 

Just do Nietzsche 
ou le dépassement de soi

 

Puisque Dieu est mort et que nous avons perdu nos anciennes valeurs, autant les remplacer par de nouvelles. Pour Nietzsche, c’est ainsi que débute un passionnant travail de reconstruction.

Chaque individu possède en lui une énergie qui agit tel un moteur, le poussant toujours plus loin : ce qu’il appelle la volonté de puissance. C’est exactement sur cette puissance qui s’exprime, par exemple, dans le sport, que repose le nihilisme actif. C’est grâce à elle que nous allons bâtir des valeurs inédites. 

Ne pas reculer devant un obstacle, affronter l’épreuve, être dans l’action, c’est affirmer sa puissance, et c’est en entraînant constamment cette force qui est en nous que l’on accède au stade de surhomme. Pour Nietzsche, le surhomme n’est pas un homme parfait mais un idéal avisé, permettant de faire émerger ce qu’il y a de plus fort et de plus louable dans l’humain.

 

Pas de breaking news dans le jardin d’Épicure
où l’étique en pleine conscience

 

La doctrine d’Épicure n’a rien à voir avec la posture du bon vivant qui aime un peu trop boire et manger. Au contraire, son ambition est de bien vivre et de ne pas le faire n’importe comment.

La discipline ne sert qu’à nous rendre meilleurs, nous faire progresser et encore une fois nous permettre d’être heureux. Le bonheur c’est de n’avoir aucune souffrance dans le corps – dans un état qu’on appelle aponie – ni de trouble dans l’âme – ce qu’on désigne par le terme ataraxie.

Qu’est-ce qui fait obstacle à cette paix tant recherchée ? La peur, répond Épicure. Pour s’en sortir et rester serein, il faut d’abord prendre le temps de réfléchir à nos craintes, les observer, comprendre leur provenance et ensuite faire le tri entre celles que l’on peut t’éviter et celles que l’on doit accepter.

Épicure nous incite à apprécier chaque particule de bonheur, à savourer ce que l’on aime et à profiter de toutes les opportunités

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Speed dating avec Platon
ou les vertiges de l’amour

 

Chacun d’entre nous est la moitié complémentaire d’un autre. C’est parce que ce désir de plénitude est inscrit en nous, que nous ne cessons de courir après et qu’aucun échec ne peut anéantir l’espoir d’y parvenir. 

Tant qu’on n’aura pas trouvé cette âme sœur, nous continuerons à la poursuivre de sites de rencontres en mariage de copains, peu importe l’endroit. Nous serons toujours envahi par ce merveilleux désir de trouver celui qui, femme ou homme, nous donnera la sensation d’être enfin reconstitué, en paix avec vous-même.

 

Pascal la fin tout le monde meurt
ou apprendre à botoxer le temps

 

Dans Les Pensées de Pascal, le rapport que l’homme entretien avec le temps tient une place de choix. Son constat est sans appel : les hommes n’habitent pas le moment présent. Nous passons nos journées à être en retard ou en avance.

Pourquoi voulons-nous autant fuir le moment présent ? Nous voulons vivre tant de choses incroyables, nous plaçons une si vive espérance dans la plupart de nos projets, que lorsqu’ils se réalisent, ils nous semblent bien souvent très décevants par rapport à l’intensité de notre envie. Le moment présent nous laisse avec une impression de frustration.

Pour la supporter, on préfère s’agiter en pensant à de nouvelles perspectives, en créant une illusion de divertissement permanent on accélère la cadence, on se précipite vers l’avant, loin de ce présent qui nous désappointe.

Nous ne maîtrisons pas le temps mais nous maîtrisons la manière de l’habiter. Si le moment présent est décevant, et bien soit, rendons-le le plus excitant. À l’inverse s’il est trop heureux, arrêtons-nous un instant pour le contempler, laissant cette joie se diffuser en nous. Vieillir c’est être capable de nous ajuster, accepter de ne pas avoir d’emprise sur la durée mais d’en avoir sur nos actes.

 

Un Levinas mieux qu’un Xanax 
ou crise d’ado versus crise d’autrui

 

Levinas s’interroge sur l’autre, c’est-à-dire la personne qui est en face de nous et qui à l’idée de ne pas être comme nous. L’autre est celui dont on n’arrive pas à deviner les pensées, celui qui nous énerve car il nous échappe,celui qu’on adore détester, celui qui nous contredit.  Cet autre nous est insupportable et pourtant on recherche sans cesse sa présence.

L’autre demeure une énigme insondable qui en plus nous regarde avec mépris. Et c’est tant mieux. Car c’est parce que l’autre n’a rien à voir avec nous qu’il est passionnant et au fond qu’il donne un sens à notre propre vie. C’est parce qu’il provoque des réactions dans notre esprit et dans notre corps qu’il est si essentiel.

À travers les adolescents, nous faisons la radicale expérience de l’altérité. pas besoin de les comprendre pour s’en sentir fatalement responsable.

 

Les croquettes d’Heidegger
ou survivre à la mort de son chien

 

Dans la philosophie de Heidegger, la mort a une place de choix. La perte d’un être cher nous offre la possibilité de transformer notre chagrin en opportunité afin de mieux appréhender notre personne et de comprendre vers quoi ce dirige notre existence.

Pour cela encore faut-il accepter de regarder la mort en face. Or l’angoisse fondamentale qui nous caractérise, c’est bien celle qui dit que la vie s’arrêtera un jour. L’accepter c’est au contraire se comprendre soi-même, redonner à notre quotidien son sens authentique, admettre que notre fin est inéluctable et qu’elle est ainsi le noyau même de la vie.

La vie authentique chez Heidegger est celle qui est promise à la mort et malgré tout l’accepte honnêtement. Prendre conscience de la perte, l’accepter avec courage et lucidité, c’est ce qui nous permet d’accéder à un quotidien sincères au-delà des banalités et de l’inessentiel.

 

Kant tu te fais larguer
ou la raison divorce de la passion

 

C’est en s’inspirant de la constance de Kant qu’on va pouvoir apaiser notre chagrin et éviter qu’une passion destructrice ne revienne nous assaillir. La raison est un phare, un pouvoir d’analyse, de recul, de déduction, qui nous permet d’acquérir des connaissances et d’agir d’une façon mesurée. La passion elle, est un sentiment qu’aucun propos, ni aucune action ne parviennent à maîtriser.

La passion nous rend esclave de quelque chose d’extérieur à nous, sur lequel nous ne pouvons rien. En étant incapable de raisonner et de prendre du recul, on oublie ce qui est bon pour nous. 

Si la passion est fausse, maladive, éphémère, l’amour véritable, c’est-à-dire la construction d’une relation raisonnée et durable, n’est pas à craindre. Celui qui aime peux rester clairvoyant et appuyer son sentiment sur sa volonté, plutôt que sur une illusion. Au vertige de la passion, Kant préfère la quête de l’amour.

 

Bergson lance sa start-up
ou le travail comme création de soi

 

Bergson débute par une réflexion au sujet de l’effort. Ce moment incontournable par lequel on doit tous passer pour réussir. Bergson nous explique ouvertement que le travail est pénible et usant. Mais il explique que c’est bien pour cela qu’il est infiniment précieux. 

Grâce au travail, on s’est dépassé, ce qui n’aurait pas été possible sans la résistance, sans les imprévus, sans les galères. Sortir de sa zone de confort ce n’est pas envoyer promener les choses qui nous ennuient, c’est être capable d’éprouver notre force et de garder une détermination suffisamment nette malgré les aléas.

Bergson fait l’éloge de la création : si la joie finit toujours par l’emporter sur le reste, c’est parce qu’on est profondément fier d’avoir créé quelque chose, c’est-à-dire fait exister ce qui n’était pas. C’est l’artiste qui a peint un tableau, la mère qui a mis des enfants au monde,…

En travaillant, on agrandit sa personnalité, on étire l’effort, et on se crée soi-même car on façonne notre personnalité. Il faut se laisser le temps de cette mutation.

Wittgenstein mes beaux-parents et moi
ou culture et diversité

 

Le penseur autrichien fait le lien entre la culture et le langage. Si on se sent perdu quelque part, si on ne parvient pas à trouver du sens dans une culture c’est précisément parce que nous ne saisissons ni les mots ni les gestes des gens qui nous entourent.

Rencontrer sa belle-famille c’est franchir la frontière d’une nouvelle forme de vie. Wittgenstein parle même d’un “jeu de langage”. Comme dans tout jeux que l’on débute, il faut en acquérir les règles avant de pouvoir participer. Il faut faire preuve de curiosité cela demande du temps et de l’attention.

Cela demande surtout d’accepter un fonctionnement différent du sien, savoir se taire et observe. Chaque groupe humain possède un jeu de langage différent de tous les autres il suffit d’en apprendre patiemment les règles pour s intégrer et au bout du compte gagner en ouverture d’esprit.

Mill merci pour ce cadeau
ou marcher sur les œufs de la vérité

John Stuart Mill exprime sa position concernant l’importance de la vérité dans les rapports humains. Il se place du point de vue de l’utilité c’est-à-dire qu’il cherche à savoir ce qui est le plus utile, le plus bénéfique, pour la majorité.

Mill affirme avec vigueur que le mensonge sape la confiance. Mentir fragilise les paroles que les hommes échangent, cela rend les propos moins solide. Mais mentir ce n’est pas seulement exprimer des paroles c’est aussi et surtout menacer le bien-vivre social, c’est nuire à l’établissement du bonheur dans la société.

Car le bonheur du groupe, ce qui nous permet de nous épanouir les uns avec les autres, ce sont précisément des relations réciproques de confiance. Dire la vérité accroit la confiance et donc amplifie le bonheur des individus.

Dans de rares exceptions, le mensonge peut avoir une forme d’utilité, s’il permet par exemple de préserver quelqu’un, de le mettre à l’abri, de lui éviter un désagrément.

Ce souci de diplomatie est une manière de prendre soin de l’autre. L’exception doit cependant être encadrée par deux conditions : d’une part elle doit être reconnue de manière indiscutable. D’autre part, il faut en marquer les limites pour éviter qu’on ne les étende à d’autres choses mettant à  mal nos précieux liens sociaux.

Enregistrement audio de la conférence de Marie Robert

J’aime bien 👍

    • Les anecdotes amusantes – et courtes – dans lesquelles chacun peut se reconnaître
    • L’idée général du livre : convoquer la vision d’un philosophe pour résoudre une problématique du quotidien  
    • Les bio express de chaque philosophe qui aident à la vulgarisation de leurs pensées

J’aime moins 👎

  • Rien … ou plutôt si : à quand la suite ?

Marie Robert

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Marie Robert est née le 30 décembre 1985 à Boulogne-Billancourt, en Hauts-de-Seine (Île-de-France). Professeure de lettres et de philosophie à l’université et au lycée, elle organise également des ateliers philosophie pour les primaires. Après s’être formée à la pédagogie Montessori, elle a ouvert en 2016 une école Montessori à Marseille et une autre à Paris. Son premier livre, Kant tu ne sais plus quoi faire … il reste la philo (Flammarion avril 2018), a connu immédiatement un grand succès et à été traduit dans plus de 15 pays.

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Barbara Reibel Coach Happiness

Coach Happiness, Auteure et Blogueuse
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Humeur d’une digital mother au bord du burn-out entre z’Homme et ses trois greffons

1 Commentaire

  1. Catherine

    J’ai rencontré cette femme extra
    Merci !

    Réponse

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  1. Descartes pour les jours de doute par Marie Robert | En 1 mot - […] Robert reprend la recette qui avait fait le succès de son premier livre Kant tu ne sais plus quoi…

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