Why We Love Dogs, Eat Pigs, and Wear Cows  par Melanie Joy

Why We Love Dogs, Eat Pigs, and Wear Cows par Melanie Joy

5 décembre 2014 0 Par Barbara Reibel

 

« Tant qu’il y aura des abattoirs, il y aura des guerres » Léon Tolstoï

L’autre soir j’étais à une conférence de Melanie Joy, Ph.D. en sociopsychologie, sur son dernier livre « Why We Love Dogs, Eat Pigs, and Wear Cows »*[1]. Question inconfortable s’il en est. Pourquoi, en effet, certains animaux sont déclarés de compagnie et quasiment élévés au rang d’enfant ? Tandis que d’autres, pudiquement étiquettés animaux de rente, sont soumis à un véritable enfer qui s’achève à l’abattoir dans le silence assourdissant des médias et de l’opinion publique ?

Pour Mélanie Joy, cette déconnexion entre notre empathie naturelle pour les animaux qui se manifeste dès notre plus jeune âge (quel enfant n’est pas attiré par les animaux et ne souhaite pas en adopter ?) et le fait de manger de la viande est le produit d’un système de croyances qu’elle a baptisé le carnisme. Une croyance qui nous conditionne à manger certains animaux et pas d’autres. Cette idéologie dominante est basée sur la violence et utilise un certain nombre de mécanismes de défenses socio-psychologiques qui nous amènent à en être les victimes consentantes : le déni (de la souffrance animale), l’invisibilité (de ces animaux élévés dans des « usines à viande » ou sauvagement péchés puis abattus loin de nos regards) ou encore la justification par les 3 N (manger de la viande est Normal, Naturel et Nécessaire). Une idéologie savamment entretenue d’ailleurs par tous les métiers des filières bétail et pêche[2].

Je suis sortie secouée de cette présentation. Parce que je me pensais moins cruelle que d’autres. Parce que je mange peu de viande et que celle que je consomme est bio. Parce que les animaux qui finissent dans mon assiette viennent tout droit des prairies sundgauviennes, élevés par des paysans locaux membres d’une AMAP[3].

Mais même un animal qui a été décemment traité finit à l’abattoir sur des chaînes automatisées. Même un poisson labellisé MSC[4] agonise dans les filets ou sur le pont d’un chalutier. 10 milliards d’animaux sont désormais sacrifiés chaque année sur la planète. Une frénésie carnée qui engendre un véritable désastre écologique (émissions de gaz à effet de serre, pollution des eaux, monocultures intensives, etc.), des problèmes de santé chez ceux qui en abusent voire des scandales alimentaires sans précédent (vache folle, poulets à la dioxine, grippe aviaire, affaire Spanghero de la viande chevaline,…).

Pour autant, se passer complètement de viande ou de poisson n’est pas si simple. La gourmande que je suis a du mal à franchir le pas et à devenir végétarienne. Pas tant par goût immodéré pour la viande, d’ailleurs, que par habitude de cuisiner les plats qui ont bercé mon enfance. Née dans un pays – la France – qui a érigé le foie gras en fleuron de sa gastronomie et dans une région – l’Alsace – qui a fait de la charcuterie sa religion, je trimballe donc un double handicap. La choucroute au tofu, c’est pas pour demain !
Et puis quand on commence à se renseigner[5], il devient vite évident que le végétarisme n’est pas la meilleure solution du point de vue du bien-être animalier. Certes on ne mange plus la chair de l’animal, mais on continue à utiliser des œufs (élevage en batterie, poussins mâles tués à la naissance), du lait (vaches laitières soumises aux mêmes traitements que les animaux élevés pour leur viande) et des fromages (emploi de présure qui provient … du veau).

Devenir « végé » est une décision pas évidente donc et toute personnelle, qui nous renvoie à nos habitudes et à nos valeurs. Reste à exploiter les voies médianes : à revisiter les plats traditionnels français pour mettre les légumes et les légumineuses au cœur du repas, à choisir sciemment le végétal plutôt qu’à manger végétarien par défaut, « à manger de la viande de façon limitée, voire rituelle. Autrement dit, faire de chaque repas carné une cérémonie, voire une commémoration[6]».

Bref, devenir carnivore éthique en attendant d’être prêt(e) à faire le grand saut !

Barbara Reibel

Pour aller plus loin

La conférence de Mélanie Joy peut être visionnée sur You Tube  https://www.youtube.com/watch?v=7vWbV9FPo_Q

Sources

[1] Littéralement : « Pourquoi nous aimons les chiens, mangeons les cochons et portons de la vache. »
[2] La section bétail et viande (Bovine, Ovine, Porcine) de Coop de France représente un chiffre d’affaires de 10 milliards d’euros en 2011 (production, collecte, commercialisation, abattage et première transformation). Source : http://www.coopdefrance.coop/fr/97/presentation/
La filière pêche et aquaculture pèse 1,7 milliard d’euros de chiffre d’affaires en 2011.
Source : http://www.franceagrimer.fr/filiere-peche-et-aquaculture/La-filiere-en-bref/La-production-de-la-filiere-peche-et-aquaculture
[3] AMAP = Association pour le Maintien de l’Agriculture Paysanne.
[4] MSC = Marine Stewardship Council, programme de certification et d’écolabellisation qui valorise la pêche durable.
[5] http://www.huffingtonpost.fr/2013/10/12/5-dilemmes-vegetariens-paris-vegan-day_n_4078010.html
[6] Dominique Lestel cité dans Terra Eco http://www.terraeco.net/Pourquoi-j-ai-decide-de-continuer,50679.html