Un thé avec Confucius

Un thé avec Confucius

8 novembre 2018 10 Par Barbara Reibel
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Le Bonheur selon Confucius
Petit manuel de sagesse universelle
par Yu Dan

Temps de lecture : 8 minutes 

Imaginez que vous preniez un thé avec Confucius – ou plutôt avec l’hologramme de Confucius parce qu’il a tout de même 2500 ans de plus que vous. Vous êtes assis(e) sur vos talons, dans une posture respectueuse face au grand penseur chinois.

Le plus grand regret des hommes a toujours été la fuite du temps.

Confucius

Vous connaissez ses maximes les plus célèbres grâce à Instagram. Vous avez lu l’ouvrage de vulgarisation Le Bonheur selon Confucius par Yu Dan et vous vous demandez comment une sagesse qui remonte à plus de deux millénaires peut vous aider dans le monde d’aujourd’hui. Intrigué(e), vous lui demandez s’il peut vous aider à résoudre certains problèmes que vous rencontrez.

« C’est possible, vous répond Confucius en humant la tasse de thé brûlant qu’il serre entre ses mains, voyons ce qui vous agite. »

Un peu ému(e), vous vous lancez en suivant le fil du livre :
« Dans le livre que Yu Dan vous a consacré, j’ai lu le chapitre intitulé La Voie du Ciel et de la Terre. Vous dites que l’humanité est égale aux cieux et à la terre et tous trois constituent ce que vous appelez les Trois Augustes. Pour qu’une nation prospère, le ciel doit lui sourire, la terre lui être favorable et son peuple vivre en paix. Mais comment trouver la paix avec tant d’injustices, de pauvreté, de précarité, le pillage de la planète, la violence faite aux femmes, aux enfants, aux animaux, et j’en passe ? »

La paix et la stabilité viennent de l’intérieur

« Nos yeux voient trop le monde et trop peu le cœur et l’âme », vous répond Confucius. « La paix et la stabilité véritable viennent de l’intérieur. »

Vous insistez :
« Mais si notre environnement se dégrade, comment trouver la paix intérieure, le bonheur ? »

Confucius :
« Le bonheur n’est qu’un sentiment, il n’a rien à voir avec la richesse ou la pauvreté et dépend de notre être intérieur. Si vous voulez vous élever penser à la façon d’aider les autres à s’élever aussi, si vous voulez réaliser vos propres ambitions demandez-vous comment aider autrui à accomplir ses souhaits.Commencez par de petites choses proches de vous, traitez les autres comme vous aimeriez être traité. Vous exercerez ainsi les valeurs de tolérance, de loyauté et d’humanité qui sont au cœur de mon enseignement. »

Après une pause pendant laquelle vous soufflez sur votre thé encore chaud, vous reprenez :
« Dans le 2ème chapitre, La Voie du Cœur et de l’Âme, Yu Dan parle des causes de regret et de déception qui se multiplient à mesure que nous avançons dans la vie. Comment affronter le regret et la souffrance avec sérénité ? »

Ne pas s’accrocher aux regrets

Confucius :
« Regardez en face les regrets de votre vie et acceptez-les aussi rapidement que possible. Rester empêtré dans vos déceptions ne peut qu’aggraver votre souffrance. »

Vous, sceptique :
« Mmmm…. donc quand un malheur arrive, la meilleure manière de lui faire face, c’est de le laisser passer aussi vite que possible ? »

Confucius :
« Oui, ainsi vous libérez du temps pour les choses qui importent davantage, vous vivrez plus utilement et dans un meilleur état émotionnel. 

Vous :
« C’est l’histoire du verre à moitié plein et à moitié vide, en somme. Tout est affaire d’attitude ? »

Confucius :
« Oui, accroître notre capacité à rester heureux est la plus grande chose que nous puissions apprendre. »

Vous êtes en trainde vous dire que c’est du lourd. Et vous avez raison. Mais pour l’heure, vousvous contentez de siroter votre thé, avant de poursuivre cet entretien.

Vous :
« Dans La Voie du Monde, le chapitre d’après, Yu Dan vous fait dire qu’il faut maintenir une saine distance avec nos proches. Mais est-ce cohérent avec l’amour qu’on leur porte ? »

Une saine distance avec ses proches

Confucius :
« Vos psychologues qualifient de « comportement non aimant » cette attitude fréquente du monde moderne qui consiste, au nom de l’amour, à être possessif, coercitif, avec nos proches. C’est l’épouse qui dit à son conjoint : « J’ai tout sacrifié pour fonder une famille avec toi alors tu dois avoir des égards pour moi. » C’est la mère qui dit à son enfant : « J’ai renoncé à ma carrière pour t’éduquer alors tu dois bien travailler à l’école. »

Nous devons traiteréquitablement chaque personne, maintenir une distance pleine de tact et laisserà chacun l’espace nécessaire. Les bouddhistes Zen appellent cela : « Lafleur pas entièrement ouverte, la lune pas entièrement pleine. »

Vous, perplexe :
« Sur le principe, je suis d’accord, mais à une époque où tout va vite, où nous sommes bombardés de mails et de SMS, comment gérer les relations entre les gens ? »

Confucius, fait une pause :
« C’est la courtoisie qui doit vous guider. Réfléchissez aux conséquences de vos actes et essayez d’être la meilleure version possible de vous-même, c’est la première étape pour assumer les responsabilités envers la société dans laquelle vous vivez. »

Et il rajoute :
« l’Homme honorable comprend ce qui est moral, l’Homme de peu comprend ce qui est profitable. Un esprit honnête pense à la morale et à son progrès spirituel tandis qu’un esprit mesquin n’envisage que sa situation personnelle immédiate et ses désirs égoïstes. »

Vous :
« Vous êtes en train de dire qu’avec une attitude positive et une juste compréhension des relations humaines nous pouvons, tel un soleil, diffuser le bonheur et le réconfort sur notre famille, nos amis et, en fin de compte , sur la société tout entière ? »

 Confucius :
« Vous voyez que vous n’avez pas besoin de moi ! »

Avec un sourire en coin, vous dégustez une gorgée de votre thé qui est enfin à la bonne température.
Puis vous reprenez :
« Et justement, à propos d’amis, dans le chapitre 4 LaVoie de l’Amitié, Yu Dan Explique votre vision des bons amis. Selon vous il y a trois sortes d’amis utiles : les amis droits, les amis fidèles et les amis cultivés, et trois sortes d’amis nuisibles : les flatteurs, les hypocrites et les beaux parleurs. Comment nous faire de bons amis et éviter les mauvais ? »

Choisir ses amis, c’est choisir un mode de vie

Confucius :
« Soyez bienveillant, ayez le désir de vous lier avec les autres. Ensuite, exercez votre sens du discernement. À ces conditions essentielles et indispensables vous n’aurez aucun mal à vous faire des amis de la meilleure qualité possible. Ils seront comme un miroir : en les regardant, vous pourrez distinguer vos propres lacunes. »

Vous :
« Et comment nous faire les amis qui nous conviennent le mieux à chaque étape de notre vie ? »

Confucius :
« Dans la jeunesse, un bon ami sert à proposer des solutions aux problèmes épineux que nous n’arrivons pas à résoudre seul. Dans l’âge mûr, il faut se lier avec des amis qui nous aideront à nous améliorer. Lorsque nous parvenons à la vieillesse, nous avons besoin d’amis qui nous aident à nous détacher des désagréments et des frustrations. »

Là, gros silence. Un ange passe. Confucius, enfin son hologramme, fixe sa tasse de thé comme si elle contenait toutes les réponses du monde, vous invitant à en faire autant. Vous respectez son silence qui se prolonge.
Mais vous n’avez pas fini de le questionner :
« Maître Kong, la 5ème partie du livre traite de La Voie de l’Ambition. Comment la comprenez vous ? »

L’ambition : ce point d’ancrage en soi

Confucius : 
 « L’important n’est pas d’avoir une ambition élevée mais d’être ferme dans son but et fidèle à ses convictions profondes. Que vos buts soient grands ou petits, il faut choisir pour les réaliser les moyens les plus proches de votre cœur. »

Vous, avec un peu d’agacement :
« Oui mais comment écouter son cœur avec le rythme trépidant que nous impose la vie moderne ? »

Confucius :
« Plus votre esprit est calme et constant, plus vous entendez la voix sereine de votre cœur. Lorsque vous adoptez un rôle social, vous ne perdez pas contact avec vous-même, vous êtes capable d’assumer de bon gré vos responsabilités et d’accomplir au mieux votre tâche. »

Vous insistez :
« Mais comment garder son calme quand tout change constamment autour de nous ? »

 Confucius :
« Chacun de nous a un but qui compte plus que tout au monde. Vous devez trouver en vous ce point d’ancrage, qui n’est pas nécessairement une grande ambition comme le pouvoir ou l’argent. Vous disposerez alors d’une fondation solide à partir de laquelle vous pourrez entreprendre le long périple qui vous attend. »

Vous vous exclamez :
« On nage en pleine pensée positive là ! »

Confucius sourit :
« Oui, vos contemporains n’ont rien inventé. La pensée positive est l’une des forces les plus puissantes au monde, et ce à quoi nous aspirons tous au fond, ce n’est pas à la richesse matérielle, mais au luxe d’un voyage spirituel. »

Confucius s’impatiente un peu :
« C’est encore long vos questions ? J’ai besoin de faire une marche dans la nature … »

Vous :
« Nous en sommes à la 6ème et dernière partie du livre, La Voie de l’Existence. La vie humaine est fugitive comme un clin d’œil. Comment organiser notre brève existence ? »

Vivre par addition, avant de vivre par soustraction

Confucius :
« À 15 ans ma volonté était tendue vers l’étude ;  à 30 ans, j’avais pris position ; à 40 ans, je n’éprouvais plus d’incertitudes;  à 50 ans, je connaissais le décret céleste ;  à 60 ans, j’avais l’oreille à l’unisson ;  à 70 ans, en suivant les désirs de mon cœur, je ne transgressais aucune règle. »

Vous :
« 30 ans c’est donc l’âge du bilan ? L’âge auquel il faut avoir une voiture, un appartement ou une situation professionnelle ? »

Confucius :
« La période entre 15 et 30 ans est celle de l’apprentissage. À 30 ans on bâtit une confiance intérieure, qui n’a rien à voir avec les biens matériels et qui ne se construit pas en opposition au monde extérieur. »

Vous :
« Tout le monde parvient-il à s’affranchir des incertitudes la quarantaine venue ? »

Confucius : 
« Les années entre 30 et 40 ans sont le plus bel âge de notre vie. Avant, on vit par addition on est toujours en train d’acquérir à l’extérieur de soi ce dont on a besoin. Après, nous devons commencer à vivre par soustraction, nous devons apprendre à nous dépouiller de ce dont notre âme n’a pas réellement besoin. »

Vous :
« Faut-il comprendre qu’à 50 ans nous devons nous résigner à notre sort ? »

Confucius :
« À 50 ans vous aurez atteint le stade où l’on ne se plaint pas du ciel et où l’on n’accuse pas les hommes. Et les événements extérieurs seront impuissants à vous influencer. »

Vous :
« Que signifie avoir l’oreille à l’unisson ? »

Confucius :
« C’est entrer en résonance avec le monde et tous les humains qui le peuplent :  c’est la compréhension et la tolérance parfaite, c’est la fusion des règles du monde extérieur au sein de notre être intérieur. »

Vous :
« À 70 ans en suivant les désirs de mon cœur je ne transgresserais aucune règle que voulez-vous dire par là ? »

Confucius :
« Toutes les règles et les principes supérieurs seront devenus des habitudes de vie, vous pourrez réaliser sans faillir tous les désirs de votre cœur. Mais avant d’atteindre cette sérénité, il faut être forgé et martelé des centaines et des milliers de fois. »

Confucius marque une pause, avant de déclarer :
« Je crois qu’on en a fini ? »

Vous lui confirmez que, oui, le livre s’arrête ici. Il ne vous reste plus qu’à remercier le grand homme de vous avoir accordé son temps. Et à finir votre fond de tasse.

L’hologramme s’efface. Mais les propos demeurent.

Par Barbara Reibel
Coach professionnelle de vie, blogueuse & auteure
The happiness factory – 1 mois de challenge pour réenchanter ma vie  (éd. Hugo, mai 2018)
www.thehappiness-factory.com
www.humourmebybarbara.com
Profil LinkedIn 

J’aime bien


  • La pensée positive, 2500 ans avant nous !
  • Les valeurs humanistes prônées par Confucius
  • La place qu’il accorde à l’étude et à la réflexion
  • La relative « modernité » du confucianisme 

J’aime moins


  • La traduction française 
  • Les propos sont parfois décousus

À propos de Confucius

Confucius (Kǒngzǐ ou Maître Kong pour les Chinois) nait aux alentours de 550 avant Jésus-Christ dans l’une des provinces du berceau de la civilisation chinoise, l’état de Lu (actuel Shandong). Bien que pauvre, il est d’ascendance aristocratique et peut ainsi étudier les rites, la musique et les textes classiques. Partant du constat qu’il n’est pas possible de vivre avec les oiseaux et les bêtes sauvages, et qu’il faut donc vivre en bonne société avec ses semblables, Confucius fonde une morale positive structurée par les « rites ». Après sa mort, ses disciples compilent les éléments de son enseignement pour former les Entretiens de Confucius.

L’empereur Wudi, 6ème souverain de la première dynastie impériale des Han, fait du Confucianisme une philosophie d’état et d’autres pays d’Asie du Sud s’en inspirent : Corée du Sud,Vietnam, Singapour, Japon. Fustigé par les communiste après leur arrivée au pouvoir en 1949, renié pendant la révolution culturelle (1966-76) sous Mao Tsé-toung, il faut attendre les années 2000 pour voir réapparaître le confucianisme.


À propos de Yu Dan

Le Monde l’a baptisée « star du néoconfucianisme pour masses populaires de l’empire postmaoïste en transition ». Diplômée de littérature chinoise ancienne, Yu Dan, née en 1965, est professeur d’études médiatiques à l’Ecole normale de Pékin et consultante pour plusieurs société de production de télévision. En 2006, elle a conquis une soudaine célébrité en présentant Yu Dan’s Insights into the Analects [Un aperçu des Analectes de Confucius par Yu Dan], une série diffusée sept jours durant dans l’émission The Lecture Room, qui a inspiré son livre Le Bonheur selon Confucius (Ed.Belfond, 2009). Vendu à plus de 10 millions d’exemplaires, il est désormais disponible en livre de poche.


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