L’ubuntu : sagesse africaine à dimension universelle

L’ubuntu : sagesse africaine à dimension universelle

25 septembre 2018 4 Par Barbara Reibel
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[vc_row][vc_column][vc_column_text]Qu’est-ce que l’Ubuntu – à part le système d’exploitation libre le plus populaire au monde ? L’Ubuntu est un concept très ancien venu d’Afrique, qui peut se traduire par « gentillesse humaine », mais qui incarne plus largement les idées de connexion, de communauté et d’entraide pour tous.

« Je suis, parce que tu es »

Mandela disait souvent que le don de la prison était la capacité d’aller à l’intérieur et de penser, de créer en lui ce qu’il voulait le plus pour l’Afrique du Sud : la paix, la réconciliation, l’harmonie. Par cet acte d’intense ouverture d’esprit, il allait devenir l’incarnation de l’Ubuntu : « je suis, parce que tu es ».

Une idéologie politique, une idée unificatrice

La plupart des philosophies africaines ayant été transmises oralement, le concept d’Ubuntu existait bien avant que le mot ne soit écrit. La première utilisation du terme dans la presse écrite remonterait à 1846 dans le livre I-Testamente Entsha de HH Hare.

Cependant, ce mot n’a pas été popularisé avant les années 1950, lorsque Jordan Kush Ngubane en a parlé dans le magazine The African Drum et dans ses romans. En 1960, le terme a fait un autre bond en avant lorsqu’il a été utilisé à la conférence du South African Institute for Race Relations.

Selon Wikipedia, le concept d’Ubuntu s’est transformé en idéologie politique au Zimbabwe, la nation ayant obtenu son indépendance du Royaume-Uni.

De là, dans les années 1990, c’est devenu une idée unificatrice en Afrique du Sud, alors que le pays passait de l’apartheid à la transition.

En fait, le mot Ubuntu apparaît même dans la Constitution intérimaire de l’Afrique du Sud, créée en 1993 : « Il y a un besoin de compréhension mais pas de vengeance, un besoin de réparation mais pas de représailles, un besoin d’ubuntu mais pas de victimisation ».

L’Ubuntu selon Desmond Tutu

L’Ubuntu s’est fait connaître en Occident en grande partie grâce aux écrits de Desmond Tutu, l’archevêque de Cape Town qui était un leader du mouvement anti-apartheid et qui a remporté le prix Nobel de la paix pour son travail.

Alors qu’il approchait de la retraite, Mandela a demandé à Tutu de présider la Commission Vérité et Réconciliation de l’Afrique du Sud, qui s’est efforcée de faire face aux violations des droits de l’homme dans le passé afin de se tourner vers l’avenir.

Dans ses mémoires de cette période, No Future Without Forgiveness, Tutu écrit : « L’Ubuntu est très difficile à rendre dans une langue occidentale. Elle parle de l’essence même de l’être humain. Quand nous voulons féliciter quelqu’un, nous disons « Yu, u nobunto », « Hé, untel a l’ubuntu ». Ce qui signifie qu’il est généreux, hospitalier, amical, attentionné et compatissant. Il partage ce qu’il a.

Cela veut aussi dire : « Mon humanité est inextricablement liée à la tienne. Nos destins sont liés. »

L’Ubuntu selon Nelson Mandela

En 2006, le journaliste sud-africain Tim Modise a interviewé Mandela et lui a demandé comment il définissait au juste le concept d’Ubuntu.

Mandela a répondu : « Autrefois, quand nous étions jeunes, un voyageur qui traversait un pays s’arrêtait dans un village, et il n’avait pas besoin de demander de la nourriture ou de l’eau ; une fois qu’il s’arrêtait, les gens lui donnaient à manger, le divertissaient.

C’est un aspect d’Ubuntu, mais il y en d’autres. Par exemple, Ubuntu ne signifie pas que les gens ne doivent pas prendre soin d’eux-mêmes. La question est donc de savoir si vous allez le faire [prendre soin de vous] pour permettre à la communauté qui vous entoure de s’épanouir et de s’améliorer. Ce sont des choses importantes dans la vie. Et si vous pouvez le faire, vous avez fait quelque chose de très important. »

L’Ubuntu selon Bill Clinton

L’ancien président des États-Unis et lauréat du prix TED 2007, a adopté la philosophie d’Ubuntu dans son travail philanthropique au sein de la Fondation Clinton.

« Ubuntu, pour nous, signifie que le monde est trop petit, notre sagesse trop limitée, notre temps sur cette terre trop court, pour le gaspiller davantage à gagner des victoires fugaces aux dépens des autres. Nous devons maintenant trouver un moyen de triompher ensemble », a-t-il dit lors de l’assemblée annuelle de la Clinton Global Initiative en 2006.

Il a aussi appliqué ces théories à la politique. Lors d’une conférence du Parti travailliste au Royaume-Uni en 2006, il a déclaré aux délégués travaillistes que la société et la collaboration sont importantes à cause de Ubuntu.

« Si nous étions la personne la plus belle, la plus intelligente, la plus riche, la plus puissante – et que nous découvrions tout à coup que nous étions la seule personne sur la planète, cela ne vaudrait pas grand-chose », a-t-il déclaré.

L’Ubuntu dans le basket-ball professionnel américain

Selon ESPN.com, l’Ubuntu a eu un effet sur la NBA (National Basketball Association, ligue professionnelle américaine de basket-ball et principale ligue au monde).

Le concept s’est répandu dans le basket-ball professionnel américain par l’intermédiaire de Kita Thierry Matungulu, l’un des fondateurs de l’organisation sud-africaine Hoops 4 Hope. En 2002, Matungulu s’est retrouvé à la même table lors d’une collecte de fonds avec Doc Rivers des Celtics de Boston et lui a fait découvrir le concept d’Ubuntu.

Cinq ans plus tard, Rivers a invité Matungulu à parler à son équipe, et Ubuntu est devenu l’appel de leur ralliement – il a même été inscrit dans leurs rings de championnat en 2008.

Plus récemment, Rivers a apporté le concept aux Clippers de Los Angeles. « L’Ubuntu, ça marche dans la vie. Ça marche pour tout le monde. Et pas seulement dans le basket », a déclaré Rivers. « Ça parle de résilience, de partager la joie avec son coéquipier quand il va bien et de ressentir sa douleur quand il va mal. »

L’Ubuntu pour faire reculer le changement climatique ?

Les idées d’Ubuntu sur la collectivité peuvent-elles être appliquées au changement climatique ? Le militant sud-africain Alex Lenferna soutient que oui.

Dans un essai publié dans Think Africa Press, What Climate Change Activists Can Learn From Mandela’s Great Legacy, Lenferna explique comment une réflexion sur notre humanité collective pourrait aider à former un front uni pour l’environnementalisme.

Au sujet d’Ubuntu, Lenferna écrit : « Si nous acceptons une telle philosophie, alors, compte tenu de notre connaissance des changements climatiques anthropiques, notre volonté de nous enrichir en utilisant des modes de développement à forte production de gaz à effet de serre au détriment de notre climat, de notre planète et du bien-être des générations actuelles et futures ne devrait pas être considérée comme un véritable développement, mais comme une atteinte à l’Ubuntu, qui affecte notre humanité et nous diminue en tant qu’individus, nations et communauté globale ».

Cette idée d’Ubuntu inspirant à repenser l’utilisation de nos ressources gagne du terrain. Elle est apparue lors de la Conférence sur le changement climatique à Durban, Afrique du Sud, en janvier 2012.

Et si cette façon de penser s’étendait à l’ensemble de la planète ?

 

Article tiré du TedX Blog

Voir aussi la conférence TedX de Boyd Varty What I learned from Nelson Mandela

Et l’interview de Vanessa Ntakabanyura par Radio Médecine Douce UBUNTU, TISSER AU COEUR DE SOI ET AVEC L’AUTRE

Crédit photo : merci à  Perry Grone
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