L’ivresse de la marche par Émeric Fisset

L’ivresse de la marche par Émeric Fisset

27 décembre 2014 0 Par Barbara Reibel
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« Voyager à pied signifie s’abandonner à l’espace et au temps »

Toujours dans la collection « Petite philosophie du voyage », j’ai avalé ce petit livre en un clin d’œil. Oui, je sais, les fêtes de fin d’année ne sont pas encore passées ; bombance et sédentarité sont plus à l’ordre du jour que marche à pied et frugalité. Mais ce livre est porteur d’un message qui rend la marche intemporelle plutôt que saisonnière. L’auteur nous invite à nous dépasser par le voyage à pied, sa lenteur, sa simplicité et la disponibilité d’esprit qu’il engendre.

Et tout d’abord, Émeric Fisset établit une distinction entre le promeneur qui connaît « des bonheurs pleins mais fugaces » et le voyageur à pied qui entretient un lien plus intense avec la nature et le paysage.

Car le marcheur, qui ne peut compter que sur ses deux jambes pour progresser, « s’arrête là où s’achève sa journée de marche ». Dans des lieux parfois improbables et des abris improvisés. Il fait aussi fi de la météo et se refuse à choisir les seuls jours de temps clément pour avancer.

La marche permet de mieux observer la nature – faune et flore – et aussi de mieux comprendre les hommes. La géographie a ses mots qui font rêver ou invitent les souvenirs, les toponymes leur prononciation qu’il convient de soigner, par respect autant que pour pouvoir être correctement guidé, et les noms des lieux traversés s’inscrivent durablement dans la mémoire.

Quand on marche, chaque lieu est désir et attente de l’esprit, victoire du corps et de la volonté.

Ce qui fait le charme du voyage à pied, c’est de s’ouvrir à l’inconnu, l’imprévu, l’inattendu, dit l’auteur. Ainsi qu’à « l’incroyable enchaînement des causes et des hasards ». Devenir ou redevenir nomade c’est remettre en question sa routine et son confort personnels, affronter la faim, la soif, l’humidité ou la canicule, déployer, selon les circonstances, une énergie quasi surhumaine. Et si, dans un premier temps, le marcheur s’éloigne de l’humanité pour se reconnecter à la nature, la présence de ses congénères finit paradoxalement par lui manquer.

Personne ne marche par le seul pouvoir de ses pieds.

Tout voyage à pied est une forme de pèlerinage, une sorte d’ascèse, car il nécessite un dépouillement impératif pour atteindre l’objectif fixé ainsi qu’une exposition continue aux éléments. C’est le prix de la liberté. Et l’hospitalité qu’on lui offre – verre, repas, douche ou lit – justifie bien des sacrifices.

Celui qui voyage à pied dans la nature n’est « jamais seul avec sa solitude ». Le chemin fait surgir toutes sortes de pensées, des souvenirs, des visages, des attentes. Il alimente la réflexion, il offre à l’imaginaire un lieu où se poser, peut-être, un jour…

Et l’auteur conclut en conseillant au voyageur de n’être animé ni par la gloire, ni par l’exploit mais seulement par le désir de voyager pour connaître l’ivresse de la marche.

A propos de l’auteur

Émeric Fisset, né à Paris en 1962, est écrivain et spécialiste des voyageemeric_fissets en solitaire, sans liaison radio ni soutien logistique. Il a commencé l’itinérance dès l’âge de 17 ans au sein d’Hôpital sans frontière (Thaïlande, Ouganda, Tchad, Algérie) puis en participant à des convois humanitaires pour la Bosnie et la Lettonie. Émeric Fisset parcourt 12 500 km entre Paris et Rome, à travers dix-sept pays d’Europe. Puis il parcourt l’Alaska en solitaire : 3 500 km à pied, à la rame et à ski. Après un raid le long de la piste Hô Chi Minh, il couvre à pied, en kayak de mer et à traîneau 5 000 km sur le détroit de Béring. Il traverse plusieurs massifs montagneux de la métropole (Cévennes, Chartreuse, Jura, Massif central, Oisans, Pyrénées et Vercors) et effectue des raids pédestres au Kamtchatka et dans le Haut-Altaï russe.

Auteur de plusieurs récits de voyage et de nombreux articles et chroniques dans la presse, Émeric Fisset codirige les éditions Transboréal et a cofondé l’Union des éditeurs de voyage indépendants.

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